Pourquoi faut-il aider les Pédicures-podologues équins ?

Depuis quelques mois, Aurélie Fromonteil* tente d’aider les Pédicures-podologues équins dans leurs démarches pour la légalisation de leurs professions. Assistée des 263 membres de son groupe Facebook (Propriétaires de chevaux pieds-nus pour soutenir les podologues équins*), elle se creuse la tête et s’investit pour trouver des solutions à une problématique que vous ne connaissez que trop bien :

« mon pareur est-il hors-la-loi ? »

En tant que Maréchal-ferrant et pédicure équin, j’ai décidé de faire tout mon possible pour faire avancer les choses. Alors certains d’entre vous se diront : «  mais qu’est-ce qui peut donc le pousser à aider des concurrents ? »

Il existe une infinité de réponses, mais en fait une seule compte réellement : « Pour le bien-être des chevaux ! »

Avec cet article, je souhaiterai vous sensibiliser sur le but de notre démarche, qui est capitale et nécessaire, pour la régulation et la valorisation des véritables professionnels du pieds-nus.

Pendant mon cursus d’apprentissage de la Maréchalerie, j’ai été exposé à la mystification des pareurs naturels. Vous savez ces pareurs possédant des techniques magiques et tout un tas de produits permettant de tout résoudre. De la même façon, j’ai aussi pu constater de nombreuses fois les ravages commis sur certains chevaux (par l’école Strasser principalement).

Si j’avais arrêté là mon questionnement, qui m’en aurait voulu ? Comme tous mes collègues, mon avis sur la question se serait bornée à une simple escroquerie, ou au pire à de la pure maltraitance envers les animaux.

 

I. Le médecin soigne, la Nature guérit. – Proverbe chinois

Toutefois l’endoctrinement n’a pas dû prendre suffisamment car lors de ma première année d’installation, j’ai une nouvelle fois douté de la voie que j’avais choisi.

Je constatai chaque jour les dégradations subtiles dû au ferrage. Lors de pathologies graves (fourbure, naviculaire …), je suivais bien gentiment les recommandations des vétérinaires et les procédés habituels utilisés en Maréchalerie.

Toutefois soulager n’est pas vraiment guérir. Un statu quo au ferrage ne pouvait me satisfaire complètement, car au final je voyais ces-mêmes pathologies, toujours présentes, progresser doucement et insidieusement. Alors bien sûr, le cheval va bien, il ne boite plus, il peut même travailler… du moins tant qu’il est ferré.

C’est par la recherche d’un traitement alternatif à la fourbure que j’ai de nouveau porté mon attention sur le parage naturel. En accomplissant l’inverse de ce que la Maréchalerie prescrivait, j’obtenais des résultats stupéfiants en quelques mois. Alors si le parage permettait à un cheval malade de fonctionner correctement pieds-nus, pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas aussi sur des chevaux sains ?

C’est en acceptant de répondre à cette question que j’ai décidé de déferrer une très grande partie des chevaux que j’avais en clientèle. Bien sûr, les raisons de ce choix furent expliquées clairement à mes clients, qui s’ils étaient d’accord, acceptaient la démarche.

Après deux ans de test, je suis plus que convaincu que le pieds-nus est une alternative viable pour la majeure partie des propriétaires d’équidés. Et ce quel que soit l’activité qui les unis avec leurs chevaux.

Ma décision fut compliquée à mettre en œuvre devant l’incompréhension globales de certains clients et mêmes des vétérinaires. Pourtant, c’est en se basant sur des travaux vétérinaires que j’avais complètement changé ma compréhension du pied et donc la manière de le parer.

II. La mystification du Pareur naturel.

Avant de vous expliquer plus clairement le but de notre action, j’aimerai vous démontrer pourquoi la Maréchalerie doit être réformée et en quoi les pédicures-podologues équins sont nécessaires.

Pour plus de simplicité et pour éviter les quiproquos sur l’absurdité de la dénomination « Parage Naturel », j’appellerai désormais ce type parage un peu particulier : Parage physiologique.

Nota-Bene : Je ne parle pas ici de la méthode parage pratiquée par le Dr Strasser. Qui est un parage invasif et douloureux destiné à terme à « soigner » des chevaux en fourbure métabolique et uniquement ceux-là. Ce type de parage ne peux se concevoir que dans le cadre d’une clinique ayant un environnement lourdement aménagé.

Donc ce parage physiologique n’est pratiqué que par deux catégories de professionnels : les maréchaux-ferrants qui préfèrent laisser les chevaux pieds-nus par conviction personnelle (diplômé et dans la légalité) et les pédicures podologues équins (diplômé ou pas et dans un flou juridique).

 « Ok, mais c’est quoi un Parage physiologique du coup ? »

Eh bien, c’est tout simplement l’antipode de toute forme de parage pratiquée couramment par une majeure partie des Maréchaux-ferrants. Le but n’est pas de réaliser un parage court préalable à la pose d’un fer et encore moins de mettre le cheval en repos au pré. L’objectif est de travailler avec son cheval comme avant, mais pieds-nus, donc sans fers. Le parage physiologique permet aussi d’avoir de très bons résultats sur un large éventail de problèmes locomoteur. (Encore faut-il avoir une formation adapté)

 « Quoi ? Vous avez réussi à réinventer le parage, mais bien sûr… encore un coup des ricains ! »

Eh bien, oui et non, déjà il faut savoir que ce sont des maréchaux qui ont inventés le parage physiologique : Jaime Jackson, Pete Ramey, KC Lapierre pour les plus célèbres. Cette technique est par conséquent une évolution de la maréchalerie. [Comme l’a précisé l’Ordre des vétérinaires du Connecticut dans un jugement rendu le 25 Avril 2013]

« Bon c’est bien, mais pourquoi ont-ils inventés cela ? »

Parce qu’ils se sont comme moi rendu compte que le ferrage abimait le pied et que bien souvent il était plus néfaste que salvateur. Partant de ce constat, ils ont commencés à observer comment était fait les pieds des chevaux féraux et comment fonctionnaient les structures internes du pied nu du cheval domestique. Ils ont ensuite mis au point des méthodes de parages basé sur des repères internes et des protocoles de réhabilitation basé sur la stimulation et non sur la protection.

 « Bah oui, eux ils arrivent bien à faire 40 km par jour sur de la caillasse, ils doivent avoir de bon pieds. Et puis sinon c’est la sélection naturelle, hein ? »

Y a de ça, mais y a surtout que le pied s’adapte à son environnement. La stimulation est à la base de tout. Sur Sols abrasifs et secs : le pied est fort, les cartilages ungulaires sont épais, le coussinet digital bien développé, la sole est épaisse et concave, la fourchette et les talons sont forts. Sur sols mous et humides : les structures internes sont atrophiées, la sole est fine, la paroi comporte des évasements, les sont talons souvent fuyants, et la fourchette est infectée voir contractée.

Les vétérinaires se sont intéressés au truc et se sont rendu compte que les structures internes des pieds de ces chevaux étaient très différentes de ceux de nos chevaux ferrés. [Voir les travaux des Dr Bowker,Taylor et Clayton]

 « Tout ça pour dire quoi ? »

Tout cela pour dire, qu’un pied ferré ne fonctionne pas comme il le devrait. L’appuie périphérique et l’absence de fonctionnement de sa partie arrière amène pleins de problèmes. L’ensemble de ses structures internes s’atrophient, quelques soient leur rôle : sensitif, amortissement, circulatoire etc… Et on arrive au fait qu’un cheval qui est ferré n’arrive plus à marcher sans fers.

Du moins… pour un temps ! Car la nature est bien faite et avec un parage adapté et surtout un investissement du propriétaire, ce pied atrophié, sensible, sujet à divers problèmes se métamorphose. Il se transforme, change de l’intérieur aussi bien que de l’extérieur, et il recommence à fonctionner, comme il le devrait.

C’est ce que propose le Parage physiologique, un parage adapté à la race, l’âge, l’environnement et au travail demandé. Oui ! Le travail, la monte, l’attelage, sans douleurs, sans abcès, au même rythme que les autres chevaux ferrés.

 « Mais c’est formidable, ça va me coûter moins cher tout ça ! »

Et bien non, car malgré ce qu’en disent les fanatiques du parage naturel, la mise pied nu et la podologie équine ne se résume pas à enlever les fers et laisser faire la nature ! Les vrais professionnels ont des charges et des compétences qui doivent se payer, afin d’assurer un suivis digne de ce nom. Les soins nécessaires à l’accompagnement de certains chevaux peuvent revenir plus chers qu’une ferrure simple. Mais le coût d’une paire d’hipposandale équivaut à celui d’une ferrure orthopédique et peux durer au moins 5 ans.

Pour autant le gain en terme de santé animale doit pouvoir se soustraire des considérations économique, on ne doit pas faire ça « pour l’argent ».

Il est donc primordial que la Podologie équine rentre dans un cadre légale, plutôt que de s’enfoncer dans la clandestinité, ce qui permettrait toute les dérives.

« Ok, ok, donc plus de maréchaux c’est ça ? »

Pas du tout, nous parlons ici de chevaux relativement « droits », c’est à dire sans déviation d’aplombs extrêmes, sans posture compensatoire dû à un trauma grave, sans dégénérescence génétique impliquant un déficit structurel, etc. etc.

Nous parlons donc de chevaux dont les proprios sont investis et prêt à suivre des protocoles de stimulations destinés à développer les structures internes. Nous parlons de propriétaires qui sont même prêt à ne plus monter leurs chevaux pendant trois mois s’il le faut, mais plutôt à se balader ou à travailler à côté de lui pour l’accompagner dans sa transition et laisser l’homéostasie faire son œuvre.

Pour tous les autres cas, que ce soit une volonté du propriétaire, du vétérinaire ou autre, la maréchalerie répondra très bien à la demande et qui peux le plus, peux le moins.

 « Houai, du coup ce n’est pas du tout le même type de clientèle ?»

Et oui, on y arrive. Les pédicures podologues équins ne volent pas les clients des maréchaux, et de tout façon bien des maréchaux préfèrent ferrer et négligent complètement le parage.

Les professionnels du cheval n’étant pas dans la même philosophie que ces propriétaires ayant fait le choix de vouloir accompagner leurs chevaux au plus près de leurs besoins, il y aura de toute façon toujours du travail pour tout le monde !

 « Bon, bon, et donc votre action c’est quoi ? »

Il y a encore peu de temps, n’importe qui pouvait se déclarer pareur et donc intervenir sur un animal vivant sans qualification. Ce point est complètement anormal, et c’est pour cela que se bat l’Union Française des Maréchaux (UFM).

Mais d’un autre point de vue les Pédicures Podologues, diplômés, ont fait une formation théorique qui est 4 fois plus importante que celle enseignée en CAPA + BTM en ce qui concerne les pieds nus. (Ce qui n’est pas le cas des pareurs « auto proclamés »).

L’aspect pratique est lui plus sensible car bien sûr le nombre d’heure est très loin derrière le cursus maréchalerie. [Ce qui est logique, vue le nombre importants d’outils et de techniques que doit maîtriser le MF pour sa pratique, contrairement au Podologue dont l’activité est axé sur les conseils d’aménagements de l’environnement de vie du cheval et son fonctionnement physiologique « normal ».]

Toutefois, une personne sortant de ces écoles de podologie est selon moi, complètement capable de s’occuper des pieds (nus) d’un cheval comme il se doit. Voir, même nettement plus capable que la plupart des maréchaux-ferrants.

Une pétition a été créée car l’UFM veut interdire tout simplement ce métier et donc rendre la France imperméable aux avancées vétérinaires, aux techniques basées sur le fonctionnement du pied nu des équidés et sur le parage dit « physiologique ».

C’est inadmissible. Il faut légaliser la profession, on appelle cela le progrès. Par contre, il faut le faire bien, pas question de valider tous ceux qui se sont improvisés pareurs en ayant lu un livre, fait un stage de deux jours sur pieds morts et regardé quelques vidéos sur YouTube.

L’UFM refuse en bloc le parage physiologique, et bien nous ferons sans elle. Nous les maréchaux-ferrants qui sommes convaincus de la véracité de certains enseignements du parage naturel ou de ceux de la Podologie équine pour les avoir appliqués chaque jour en clientèle depuis des années.

Nous dont les chevaux sortent pieds-nus en rando, endurance, cso, attelage, dressage etc. etc.

Nous qui avons choisi une autre approche, car c’est notre droit de professionnel.

 III. Le paradigme Pieds-nus.

Le Monde du Cheval est en perpétuelle évolution. De simple outil de travail dont on dispose à sa guise à un animal de compagnie fidèle, c’est l’ensemble de notre compréhension qui doit, elle aussi, évoluer. Toutefois ce monde équin reste gangréné par tout un tas de principes et de vérités empiriques qui ont la peau dure.

La pratique de la maréchalerie traditionnelle repose entièrement sur un biais cognitif qui réside dans le simple fait qu’un cheval commun doit être ferré. Partant de ce principe la compréhension du pied et de ses pathologies est complètement faussée. C’est la même chose pour une grande partie [100% pour ce qui concerne la France !] des études vétérinaires qui sont-elles-aussi basées sur le pied ferré.

C’est un non-sens et c’est contre ce biais cognitif qu’il faut s’opposer!

Oui ! Un cheval peut travailler pieds-nus et sur tout type de terrain. Pour peu qu’il soit suivi correctement par un véritable professionnel. Une personne qui comprend l’ensemble de sa locomotion ainsi que le fonctionnement de ses structures internes sans fers. A ce jour, seul le pédicure-podologue équin répond d’emblée à ces critères. Bien sûr, un Maréchal-ferrant peut aussi acquérir ces compétences, mais ce n’est pas dans son cursus initial et cela est laissé à l’empirisme, aux recherches personnelles ou au bon vouloir de son maître d’apprentissage.

Le parage physiologique, en tant qu’outil, est en tout point semblable à un iceberg.

C’est la partie émergée d’un vaste courant qui s’inscrit au sein d’une approche holistique et globale du soin aux animaux. Il n’est pas né de lui-même, il est la réponse à une demande concrète de la clientèle et à une absence de qualification [dans ce domaine précis] de la plupart des maréchaux actuels.

C’est parce qu’il n’est pas normal qu’un cheval :

– ne puisse plus marcher sans fer,

– qu’il est impensable qu’il soit « sensible » une semaine après un parage/ferrage,

– qu’il n’est pas acceptable de voir se déclarer des pathologies directement liées à la ferrure (à court ou long terme)

que les clients consciencieux et observateurs sont en recherche d’alternatives pour le bien-être de leurs compagnons.

IV. Agissez pour conserver votre liberté !

Si vous êtes sensible à ce que je viens d’exposer, ou que vous avez vous même des chevaux pieds-nus avec lesquels vous travaillez, prenez quelques minutes et aidez-nous dans notre réflexion.

Par votre soutien, nous espérons faire comprendre à l’ensemble du Monde du Cheval (Ministère de l’Agriculture, Maréchaux-ferrants, Vétérinaires, Cavaliers etc…) que le Pied-Nu n’est pas une chimère. Que cette réalité progresse depuis 20 ans, et qu’elle s’ouvre à eux, leur laissant entrevoir une nouvelle approche de la domestication du cheval, plus moderne, plus saine et plus respectueuse.

Notre Lettre ouverte, fort des renseignements que vous nous offrez, ira inonder toutes les instances politiques possible dans le but de régulariser la situation légale des pédicures-podologues équins. Par cette démarche, nous espérons réformer la Maréchalerie française mais aussi valider le contenu théorique et technique des formations étrangères sur le sujet et ainsi créer un cursus franco Français digne de ce nom.

– un site informatif: (http://action-piedsnus.olympe.in/)

– un sondage: (http://soorvey.com/fr/?s=19E3RIRNQYL)

– une pétition:

(https://secure.avaaz.org/fr/petition/Ministre_de_lAgriculture_de_lAgroalimentaire_et_de_la_Foret_M_Le_Foll_Legalisez_le_travail_des_pedicurespodologues_equin/?ncQcLhb).

Gwennaël Cadet, Maréchal-ferrant Pieds-nus*

5 réflexions sur “Pourquoi faut-il aider les Pédicures-podologues équins ?

  1. j’aime votre esprit ouvert et critique. je trouve contre productif l’opposition maréchaux / podologue et il est grand temps que la formation en maréchalerie intègre la « podologie ».

  2. Merci à Gwennael, maréchal éclairé, d’apporter sa pierre à l’édifice. Tu es, de par ta fonction, tes formations, et ton expérience, l’une des meilleures voix pour défendre la cause des chevaux d’une part et des propriétaires soucieux de leur bien être d’autre part…et merci à guillaume bien sur. 😉 bises à tous 2 du pas de calais

  3. Bonjour, merci pour tous vos précieux conseils que j’essaye de suivre et d’appliquer sur mes deux juments et deux ânes des Pyrénées. J’ai un problème toutefois avec les juments qui ne lèvent pas forcément bien les pieds, et je me demande si vous connaissez des pareurs qui pratiquent votre méthode dans le Sud Ouest de la France, j’habite en Sud Gironde. Merci d’avance.
    Jean Marc CROSNIER

    • Bonjour Jean Marc,

      Si vos juments ne « donnent » pas bien les pieds, c’est un comportementaliste qu’il faut consulter.

      Si elles ne « lèvent » pas bien les pieds, il faut simplement laisser le pied là où le cheval est le plus confortable et travailler dans cette position. De cette façon, la jument sera confortable et ne vous posera plus de problème.

      Je vous conseilles de pratiquer des étirements régulièrement, vous faciliterez ainsi les mouvements, le calme et cette gymnastique jouera sur plusieurs tableaux en même temps.

      En cas de problèmes, consulter un VRAI BON osthéo…. mais c’est pas facile à trouver.

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